Christelle Lang
Coach de vie intégrative

Le regard qui nous a réconciliés : quand la vérité devient le chemin vers la paix

Contrairement à ma mère , avec qui j’ai conscientisé le regard comme un recours face à l’épuisement des mots. Avec mon père, le regard était une évidence, un héritage
Christelle Lang
Coach de vie intégrative
il y a 1 mois
7 min de lecture

Contrairement à ma mère , avec qui j’ai conscientisé le regard comme un recours face à l’épuisement des mots.

Avec mon père, le regard était une évidence, un héritage : le regard était une évidence, c’était notre façon de gérer nos émotions. Là où les mots étaient impossible à prononcer pour nous deux.

​Depuis toujours, nous nous comprenions d’un regard. Il suffisait qu’il pose les yeux sur moi, ou que je croise les siens, pour savoir ce que l’autre ressentait. Nous étions deux miroirs l’un pour l’autre. C’était notre façon de nous aimer.

​Puis la vie est venue compliquer ce lien si précieux à mon coeur.

​Les trois ou quatre dernières années, nous nous sommes souvent affrontés. Ce n’étaient pas des disputes sans amour. Au contraire. Je crois aujourd’hui que seules les relations les plus profondes peuvent parfois faire aussi mal. Pourtant, j’ai toujours vécu avec les silences de mon père. Je ne les lui avais jamais reprochés, car ils étaient notre langage de complicité. Mais ces dernières années, un nouveau silence s’était installé. Un silence devenu trop lourd, un « silence-mur » que nous avons construit tous les deux, lui pour se protéger, et moi par ricochet, entretenu par un secret familial et par des influences extérieures qui avaient trouvé leur place dans nos failles.

​A ce moment précis, j’ai tout remis en question. J’ai douté fortement. De lui, de moi, de nous…

​Aujourd’hui, je sais que je me trompais.

​Parmi tous les membres de la famille, c’est moi qui l’affrontais tout le temps. Il avait souvent gain de cause, bien évidemment, parce que c’était le patriarche, mais la seule personne qui osait lui tenir tête, c’était moi.

​Un mois avant son départ, je suis allée le voir. Ce n’était pas un affrontement comme les autres, c’était quelque chose de beaucoup plus puissant.

​Je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit :

​« J’ai récupéré le dossier. J’ai réussi à me le procurer. Maintenant, dis-moi la vérité. »

​Ses mots ont continué à protéger cette tierce personne. J’écrirais plutôt : encore une fois vouloir réunir. Mais on ne peut pas verser du poison dans l’eau claire en espérant qu’elle reste pure. C’est une cohabitation impossible.

​Mais cela n’avait plus d’importance.

​Parce que, depuis toujours, notre vérité ne passait pas par les mots.

​Elle passait par le regard.

​Et ce jour-là, son regard a changé.

​Je l’ai vu vaciller. Je l’ai vu recevoir de plein fouet ce que je venais de lui révéler. Mais surtout, j’ai vu un père découvrir enfin toute la souffrance de sa fille.

​Il n’y avait plus de masque.

​Plus de distance.

​Plus de protection.

​Seulement deux êtres qui se retrouvaient enfin.

​Je crois que notre réconciliation est née dans ce silence-là.

Je pense lui avoir retirer une grosse charge sur les épaules, qu’il portait depuis tellement longtemps.

À partir de ce jour, son regard n’a plus jamais été le même.

​Il y avait de nouveau cette lumière que je connaissais si bien. Une douceur infinie. Une paix que je ne lui avais plus vue depuis longtemps.

​Les semaines qui ont suivi, il a continué à s’exprimer comme il l’avait toujours fait : avec de petites attentions, des gestes simples, une présence discrète.

​C’était sa manière de dire « je t’aime ».

​Puis est arrivée cette dernière soirée.

​Sa saturation avait commencé à descendre.

​Je suis descendue le voir une première fois.

​Puis une deuxième.

​Cette seconde fois est gravée en moi.

​Il a levé les yeux vers l’horloge.

​Puis il a plongé son regard dans le mien.

​Et il m’a simplement dit :

​« Demain. »

​Un seul mot.

​Mais entre nous, il n’en fallait jamais davantage.

​Dans son regard, j’ai compris ce qu’il ne pouvait pas me dire autrement.

​J’ai entendu, sans qu’aucun mot ne soit prononcé :

​« Laisse-moi partir. Je n’ai plus la force. J’ai fait ce que j’avais à faire. »

​Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas lutté.

​Moi qui me serais battue jusqu’au bout.

​Moi qui aurais insisté pour qu’il parte à l’hôpital.

​Cette fois, j’ai respecté sa décision.

​Sans broncher.

​Parce que, pour la première fois, je n’écoutais plus ma peur de le perdre.

​J’écoutais son regard.

​Cette nuit-là, il s’est passé quelque chose que je n’ai jamais cherché à expliquer.

​Je sais simplement ce que j’ai vécu.

​Mon père était insomniaque.

​Moi aussi.

​Et pourtant, cette nuit-là, j’ai dormi profondément.

​Comme si quelque chose, au-delà de nous, nous avait enveloppés.

​J’ai la conviction que nos âmes se sont retrouvées.

​Qu’elles se sont comprises.

​Qu’elles nous ont protégés tous les deux.

​Lui, en lui offrant la liberté de partir.

​Moi, en m’offrant le sommeil dont j’avais besoin pour accepter son départ.

​Au cours de cette nuit, j’ai entendu un immense « boum ».

​Aujourd’hui encore, je suis incapable de dire si ce bruit appartenait à mon rêve ou à la réalité.

​Je ne saurai probablement jamais.

​Et finalement, peu importe.

​Ce que je sais, c’est qu’au réveil, mon père était parti.

​Instinctivement, je suis descendue le voir ce matin-là. C’est la première chose que j’ai faite.

​Sur le moment, j’ai ressenti un immense choc.

​J’aurais voulu être là.

​Puis, avec le temps, j’ai compris autre chose.

​Je crois qu’il m’a protégée jusqu’au bout.

​Il savait que je n’aurais jamais supporté d’assister à son dernier souffle.

​Et je crois qu’il n’aurait pas supporté, lui non plus, de me voir m’effondrer avant de partir.

​Alors, une dernière fois, il a fait ce qu’il avait toujours fait.

​Il m’a protégée.

​Aujourd’hui, quand je repense à lui, je ne pense plus aux années où nous nous sommes affrontés. Je ne pense plus à ses erreurs du passé.

​Je pense au mois où nous nous sommes retrouvés.

​Je pense à cette réconciliation silencieuse qui n’avait pas besoin de mots.

​Je pense à ce regard qui a tout réparé.

​Et je suis profondément convaincue d’une chose.

​Mon père me connaissait mieux que personne. Il savait que j’avais le sens de la famille et que j’avais toujours respecté l’omerta. Mais il savait aussi que, devant la justice, il était hors de question pour moi de me taire. Face à l’injustice, je ne pouvais pas fermer les yeux.

​En partant, je crois qu’il savait que je poursuivrais le chemin.

​Que je remettrais, autant que je le pourrais, chacun à sa juste place. Car je mérite cette place.

Les bien pensants diront que cela est une perte de temps, d’énergie. Moi je suis convaincue du contraire, que c’est une étape cruciale justement.

​Non par haine.

​Non pour détruire.

​Mais parce que la vérité libère.

​Ce n’est pas une vengeance.

​C’est ma revanche sur la vie.

​L’écriture comme chemin de libération

​Aujourd’hui, je comprends que ce récit n’est pas seulement un hommage à mon père ou le bilan d’une vie. En écrivant ces lignes, je m’aperçois que l’écriture a été un des éléments de mon propre chemin d’auto-guérison.

​Poser des mots sur le silence, c’est lui retirer son pouvoir de nous étouffer. C’est transformer une blessure en une vérité libératrice. C’est pour cela que je crois profondément au coaching intégratif : parce qu’il n’y a pas de libération sans acceptation, et pas d’acceptation sans la courageuse mise en lumière de ce que nous portons en nous.

Christelle LANG…

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Christelle Lang
Coach de vie intégrative
Je suis coach en transformation personnelle, spécialisée dans l’accompagnement des personnes hypersensibles et neuro-atypiques. Je n’accompagne pas depuis un diplôme, j’accompagne depuis une expérience humaine profonde et concrète. J’ai traversé le deuil, les relations toxiques, l’errance médiacle, et j’ai réussi à transmuter tout cela.
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